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Messieurs les cardinaux,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Permettez-moi d'adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu'il vient de présider. J'ai été sensible aux prières qu'il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l'accueil qu'il m'a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Éminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint Père m'a accordée ce matin a été pour moi un moment d'émotion et de très grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l'attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l'année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

- En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s'est transmis depuis lors à presque tous les chefs d'État français, j'assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Église.

C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Église. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers États pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c'est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu'il me soit permis de mentionner également l'apport déterminant de la France à l'archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'à l'exégèse biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J'ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français n'est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j'ai vu défiler ses frères dans l'épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j'ai été touché par l'émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

- Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie, aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien. C'est la cathédrale du Pape, c'est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c'est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l'Eglise catholique par ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c'est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d'Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans cette tradition.

- Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n'est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd'hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d'en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l'administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu'autrefois. Dès lors la laïcité s'affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j'ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

- Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l'avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l'espérance est l'une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l'Europe a expérimenté beaucoup d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l'émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l'amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l'existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l'encyclique du Saint Père . Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques. Et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu'en réalité, ce n'est pas la totalité. Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu'on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d'espérance ». Ou encore, comme l'écrivit Héraclite, « Si l'on n'espère pas l'inespérable, on ne le reconnaîtra pas ».

Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce livre d'entretiens que j'ai publié sur la République, les religions et l'espérance, c'est que la frontière entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s'est montrée plus méfiante que bienveillante à l'égard des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions, qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu'elle agissait parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accepté le principe d'un dialogue institutionnel régulier avec l'Eglise catholique. Qu'il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j'ai été l'objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd'hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître un caractère cultuel à l'action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d'enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n'accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux. C'est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini. Ensuite parce qu'une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l'écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l'homme soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l'éthique ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire, mais de faire ce que l'on peut faire. C'est une très grande question.

Dans la République laïque, l'homme politique que je suis n'a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.

- Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l'on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d'entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce et l'épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m'inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l'intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République, c'est l'importance que j'attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l'action caritative, à la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant'Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d'une vie donnée aux autres et comblée par l'expérience de Dieu, vous créez de l'espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain. J'ai voulu que la France prenne l'initiative d'une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l'y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l'état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l'intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d'identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu'on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d'espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, a dit « La vie attire, comme la joie ». C'est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l'intelligence. C'est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu'elle n'a pas à subir l'avenir, parce qu'elle a à le construire. C'est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J'ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait […] L'optimisme est une fausse espérance à l'usage des lâches […]. L'espérance est une vertu, une détermination héroïque de l'âme. La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l'attachement du pape à ce grand écrivain qu'est Bernanos !

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

Je vous remercie.</description><content:encoded><![CDATA[Rome, Palais du Latran, jeudi 20 décembre 2007<br />
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Messieurs les cardinaux,<br />
Mesdames et Messieurs,<br />
Chers amis,<br />
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Permettez-moi d’adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu’il vient de présider. J’ai été sensible aux prières qu’il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l’accueil qu’il m’a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.<br />
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Je vous serais également reconnaissant, Éminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l’ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L’audience que le Saint Père m’a accordée ce matin a été pour moi un moment d’émotion et de très grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l’attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l’année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.<br />
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- En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d’honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s’est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’État français, j’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Église.<br />
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C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Église. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers États pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.<br />
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Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.<br />
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Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J’ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français n’est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j’ai vu défiler ses frères dans l’épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j’ai été touché par l’émotion qui se lisait sur le visage de chacun.<br />
<br />
- Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie, aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action honore la France.<br />
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Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c’est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.<br />
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- Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.<br />
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Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d’en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.<br />
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La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.<br />
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Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.<br />
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C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.<br />
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- Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l’avenir et non plus seulement les blessures du passé.<br />
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Je partage l’avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté beaucoup d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence.<br />
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Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père . Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.<br />
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Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques. Et ces questions essentielles n’ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.<br />
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« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu’en réalité, ce n’est pas la totalité. Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance ». Ou encore, comme l’écrivit Héraclite, « Si l’on n’espère pas l’inespérable, on ne le reconnaîtra pas ».<br />
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Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République, les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.<br />
<br />
Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n’accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.<br />
<br />
Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.<br />
<br />
Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. C’est une très grande question.<br />
<br />
Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.<br />
<br />
C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.<br />
<br />
- Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce et l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.<br />
<br />
Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.<br />
<br />
Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.<br />
<br />
Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République, c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.<br />
<br />
En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.<br />
<br />
Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu. L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.<br />
<br />
Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d’espérance.<br />
<br />
Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, a dit « La vie attire, comme la joie ». C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.<br />
<br />
Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.<br />
<br />
La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.<br />
<br />
J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait […] L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches […]. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l’attachement du pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos !<br />
<br />
Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.<br />
<br />
Je vous remercie.]]></content:encoded><dc:creator>Pasquinus-ridens</dc:creator><dc:date>2007-12-22T08:07:08+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël (suite)</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071221103003/vers-noel-suite/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071221103003/vers-noel-suite/</guid><description>21 décembre

O Oriens, splendor lucis æternæ, et sol iustitiæ : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis. 

O Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice, viens éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.</description><content:encoded><![CDATA[21 décembre<br />
<br />
O Oriens, splendor lucis æternæ, et sol iustitiæ : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis. <br />
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O Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice, viens éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-21T10:30:03+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël (suite)</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220182219/vers-noel-suite/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220182219/vers-noel-suite/</guid><description>O nuit brillante 
Nuit de vive splendeur 
Ta lumière éclatante 
Fait le jour dans mon coeur 

Etoiles, étoiles 
Resplendissez sur Lui 
Un Dieu, sous d'humbles voiles 
Vient à nous cette nuit 

O nuit brillante 
Nuit de vive splendeur 
Ta lumière éclatante 
Fait le jour dans mon coeur 

Merveille, merveille 
Gloire au plus haut des cieux 
Debout, qu'on se réveille ! 
Paix sur terre en tout lieux 

O nuit brillante 
Nuit de vive splendeur 
Ta lumière éclatante 
Fait le jour dans mon coeur

Noël provençal
</description><content:encoded><![CDATA[O nuit brillante <br />
Nuit de vive splendeur <br />
Ta lumière éclatante <br />
Fait le jour dans mon coeur <br />
<br />
Etoiles, étoiles <br />
Resplendissez sur Lui <br />
Un Dieu, sous d'humbles voiles <br />
Vient à nous cette nuit <br />
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O nuit brillante <br />
Nuit de vive splendeur <br />
Ta lumière éclatante <br />
Fait le jour dans mon coeur <br />
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Merveille, merveille <br />
Gloire au plus haut des cieux <br />
Debout, qu'on se réveille ! <br />
Paix sur terre en tout lieux <br />
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O nuit brillante <br />
Nuit de vive splendeur <br />
Ta lumière éclatante <br />
Fait le jour dans mon coeur<br />
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Noël provençal<br />
]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-20T18:22:19+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël (suite)</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220175219/vers-noel-suite/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220175219/vers-noel-suite/</guid><description>20 décembre

O Clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.

O Clef de David, sceptre de la Maison d'Israël, qui ouvre et que personne ne peut fermer, qui ferme et que personne ouvrir, viens et tire de prison les captifs assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.


C'est personnellement l'antienne que je trouve la plus belle !</description><content:encoded><![CDATA[20 décembre<br />
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O Clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.<br />
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O Clef de David, sceptre de la Maison d'Israël, qui ouvre et que personne ne peut fermer, qui ferme et que personne ouvrir, viens et tire de prison les captifs assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.<br />
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C'est personnellement l'antienne que je trouve la plus belle !]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-20T17:52:19+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël (suite)</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071219132252/vers-noel-suite/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071219132252/vers-noel-suite/</guid><description>19 décembre

O Radix Iesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare. 

O fils de la racine de Jessé qui es exposé comme un étendard aux yeux des peuples, devant qui les rois garderont le silence et que les nations implorent, viens nous délivrer. Ne tarde pas ! 
</description><content:encoded><![CDATA[19 décembre<br />
<br />
O Radix Iesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare. <br />
<br />
O fils de la racine de Jessé qui es exposé comme un étendard aux yeux des peuples, devant qui les rois garderont le silence et que les nations implorent, viens nous délivrer. Ne tarde pas ! <br />
]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-19T13:22:52+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071218131304/vers-noel/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071218131304/vers-noel/</guid><description>Les grandes antiennes &quot;O&quot;, antiennes de l'Avent.

Avec un jour de retard, voici le début des grandes antiennes du Magnificat, les antiennes &quot;O&quot;, chantées juste avant Noël.

17 décembre

O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ.

O Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins d'une extrémité à l'autre du monde et qui disposes toutes choses avec force et douceur, viens nous montrer la voie de la prudence. 


18 décembre

O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento. 

O Adonaï, conducteur de la Maison d'Israël, qui es apparu à Moïse dans la flamme du Buisson ardent et qui lui as donné la Loi au mont Sinaï, viens nous racheter en déployant la force de ton bras. 

Je vous conseille aussi la version en allemand d'Arvo Pärt, absolument sublime !</description><content:encoded><![CDATA[Les grandes antiennes "O", antiennes de l'Avent.<br />
<br />
Avec un jour de retard, voici le début des grandes antiennes du Magnificat, les antiennes "O", chantées juste avant Noël.<br />
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17 décembre<br />
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O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ.<br />
<br />
O Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins d'une extrémité à l'autre du monde et qui disposes toutes choses avec force et douceur, viens nous montrer la voie de la prudence. <br />
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18 décembre<br />
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O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento. <br />
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O Adonaï, conducteur de la Maison d'Israël, qui es apparu à Moïse dans la flamme du Buisson ardent et qui lui as donné la Loi au mont Sinaï, viens nous racheter en déployant la force de ton bras. <br />
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Je vous conseille aussi la version en allemand d'Arvo Pärt, absolument sublime !]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-18T13:13:04+01:00</dc:date></item><item><title>[Furyo] Salut à toi</title><link>http://blog.furyo.gayattitude.com/20071208164536/salut-a-toi/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.furyo.gayattitude.com/20071208164536/salut-a-toi/</guid><description>Toi qui a su avoir confiance, qui a dit oui à l'annonce faire par Gabriel.
Toi qui a su devenir la servante de l'humanité, qui a accepté l'impossible, qui a accepté que tout se passe pour toi selon la parole.
Toi qui a permi que tout soit possible, rédemption, nouveaux commandements, amour et espoir éternels.



</description><content:encoded><![CDATA[Toi qui a su avoir confiance, qui a dit oui à l'annonce faire par Gabriel.<br />
Toi qui a su devenir la servante de l'humanité, qui a accepté l'impossible, qui a accepté que tout se passe pour toi selon la parole.<br />
Toi qui a permi que tout soit possible, rédemption, nouveaux commandements, amour et espoir éternels.<br />
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<img src="http://document.linternaute.com/document/image/550/divers-bougie-restaurant-moselle-metz-16587.jpg"><br />
</center>]]></content:encoded><dc:creator>Furyo</dc:creator><dc:date>2007-12-08T16:45:36+01:00</dc:date></item><item><title>[Furyo] Investiture honteuse</title><link>http://blog.furyo.gayattitude.com/20071207161439/investiture-honteuse/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.furyo.gayattitude.com/20071207161439/investiture-honteuse/</guid><description>

En France, Christian Vanneste vient d'être investi par l'UMP, comme candidat à la mairie de Tourcoing dans le Nord. Mais est ce vraiment une surprise?
Condamné judiciairement, amnistié politiquement par l'UMP qui ne l'a jamais réellement sanctionné, Christian Vanneste pourra une nouvelle fois fanfaronner et se positionner comme victime de ce qu'il appelle le lobby gay et d'une justice partisane inféodée.

Christian Vanneste, faisant fi de ses condamnations pénales pour ses propos homophobes, soutenu dans les faits et maintenant officiellement par l'UMP, a déjà été réélu à son siège de député de la 10ème circonscription du Nord grâce à la fois au soutien de la majorité présidentielle et en bénéficiant des divisions de la gauche locale.

Par la suite il a été sans aucun problème inscrit au groupe UMP de l'Assemblée nationale, son admission a été renouvelée à la commission des lois et, ironie du sort poussée à l'extrême, a été nommé à une mission parlementaire sur l'application des peines.
Cette protection de l'UMP, parti attaché au respect de l'ordre, a un élu condamné, non repenti et récidiviste, montre la vraie réalité du parti présidentielle.

Lors d'un En Aparté sur Canal+ en juin 2007, Joseph Mace-Scaron, réputé proche de la droite et de GayLib, journaliste à Marianne et ancien rédacteur en chef du Figaro Magazine, déclarait &quot;Il y a un véritable enjeu avec ce monsieur qui est vraiment peu recommandable. En effet, c'est de savoir, vraiment pour le coup Nicolas Sarkozy et les autres sont mis devant le pied du mur, est-ce que oui ou non il va être affilié au groupe parlementaire? S'il est affilié au groupe parlementaire, cela voudra dire que tous les discours de Nicolas Sarkozy de dénonciation contre l'homophobie c'était de la daube&quot; .
Cette analyse est toujours vraie concernant les prochaines élections municipales.

Cette investiture a été signée par Patrick Devedjian, Secrétaire général de l'UMP, Jean-Claude Gaudin et Alain Marleix en charge des investitures et des élections, avec la bénédiction de Jean-François Copé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy bien sûr, et tant d'autres à l'UMP.
Ces responsables ont écrit à Christian Vanneste &quot;Par cette investiture, l'Union pour un Mouvement Populaire vous exprime sa pleine confiance et son entière solidarité&quot;.

Christian Vanneste ne fait pas mystère de l'attitude qu'il souhaite dorénavant adopter.

Le bi-mensuel catholique Permanences a interrogé récemment Christian Vanneste où il réécrit son histoire judiciaire : 
&quot;Moi, j'ai été victime d'un terrorisme intellectuel&quot;. 
&quot;L'homosexualité n'a strictement rien à voir avec cela. On ne naît pas homosexuel, on le devient, on peut même faire en sorte de ne pas le devenir. Mais le lobby homosexuel vous dit le contraire. On naît homosexuel. Pourquoi? Parce que les sexes n'existent pas, les genres n'existent pas, ils ne sont que le fruit d'un endoctrinement social. Et moi, je suis l'horrible personnage qui veut exterminer les homosexuels, comme les nazis ont voulu exterminer les juifs. Et d'ailleurs les nazis ont voulu exterminer aussi les homosexuels. Il faut absolument assimiler l'homosexuel au juif afin que le schéma intellectuel fonctionne et que toute personne ayant quelque réserve que ce soit à propos de l'homosexualité ne sente très coupable. Schéma qui au demeurant fonctionne très bien&quot;. 
Propos ignobles!

Sur la forme, le député conteste également les propos mêmes qui lui ont valu ses condamnations.

Sur le fond, il déclare :  
&quot;Quand on a eu cette expérience-là, il faut préparez la riposte. Il faut accepter et préparer le combat. Là je suis plutôt d'un naturel belliqueux. Je pense qu'il ne faut pas accepter de subir&quot;, &quot;Il faut se libérer de l'auto-censure. Pour cela, il y a trois techniques à acquérir. Il faut d'abord affermir sa pensée. Il faut avoir un souci de clarté et de cohérence lorsque l'on expose ses convictions. (...) j'ai renforcé mes convictions (...). Lorsque vous dites cette attitude de l'homosexualité est une attitude qui nie la vie, qui nie l'avenir et qui renforce l'égocentrisme de chaque individu, ce n'est pas valorisant pour la société et ce n'est pas valorisant pour l'homme, vous voyez des interlocuteurs comme Fogiel par exemple, battre en retraite. (...) Il faut enfin bien connaître l'adversaire. Bien savoir ce qu'il pense. Avoir lu ses textes. Bien connaître, ici, l'origine américaine de toute la méthode que je viens de vous décrire. C'est le lobby gay américain qui a inventé cette méthode qui consiste à chasser l'homophobe dans le politiquement incorrect et l'obliger ainsi à se taire&quot;.

Enfin, sur la méthode à adopter, Christian Vanneste estime qu'&quot;il faut absolument constituer des réseaux&quot;, &quot;nouer partout des liens avec les gens qui sont d'accord avec nous, il nous faut nous aussi créer une sorte de lobby sans lequel on ne fait pas le poids&quot;, &quot;bâtir notre stratégie. 
Elle consiste d'abord à retourner contre lui les méthodes de l'adversaire pour le désarmer. 
Envoyer des pétitions, des lettres à vos élus, en mettant dans la balance de votre argumentation que de leur attitude dépendra votre prochain vote pour eux&quot; et finalement &quot;Essayer de mettre la majorité de notre côté. Utiliser pour cela les arguments du bon sens. Dans le domaine qui nous intéresse, c'est extrêmement facile&quot;.

Comme on le voit, sur la méthode, Christian Vanneste bénéficie avec succès du réseau, du soutien de la majorité UMP et donc du Président de la République, Nicolas Sarkozy.

Voilà le vrai visage de Nicolas Sarkozy et de l'UMP, parti présidentiel, celui du mensonge et du soutien à l'homophobie.

L'interview complète de Christian Vanneste dans le bi-mensuel Permanences

Seigneur, protège-nous des hypocrites et pardonne à ceux qui les soutiennent aveuglément, par idéologie.

</description><content:encoded><![CDATA[<br />
<br />
En France, Christian Vanneste vient d’être investi par l’UMP, comme candidat à la mairie de Tourcoing dans le Nord. Mais est ce vraiment une surprise?<br />
Condamné judiciairement, amnistié politiquement par l’UMP qui ne l'a jamais réellement sanctionné, Christian Vanneste pourra une nouvelle fois fanfaronner et se positionner comme victime de ce qu’il appelle le lobby gay et d'une justice partisane inféodée.<br />
<br />
Christian Vanneste, faisant fi de ses condamnations pénales pour ses propos homophobes, soutenu dans les faits et maintenant officiellement par l'UMP, a déjà été réélu à son siège de député de la 10ème circonscription du Nord grâce à la fois au soutien de la majorité présidentielle et en bénéficiant des divisions de la gauche locale.<br />
<br />
Par la suite il a été sans aucun problème inscrit au groupe UMP de l’Assemblée nationale, son admission a été renouvelée à la commission des lois et, ironie du sort poussée à l'extrême, a été nommé à une mission parlementaire sur l'application des peines.<br />
Cette protection de l’UMP, parti attaché au respect de l'ordre, a un élu condamné, non repenti et récidiviste, montre la vraie réalité du parti présidentielle.<br />
<br />
Lors d'un En Aparté sur Canal+ en juin 2007, Joseph Mace-Scaron, réputé proche de la droite et de GayLib, journaliste à Marianne et ancien rédacteur en chef du Figaro Magazine, déclarait "Il y a un véritable enjeu avec ce monsieur qui est vraiment peu recommandable. En effet, c'est de savoir, vraiment pour le coup Nicolas Sarkozy et les autres sont mis devant le pied du mur, est-ce que oui ou non il va être affilié au groupe parlementaire? S'il est affilié au groupe parlementaire, cela voudra dire que tous les discours de Nicolas Sarkozy de dénonciation contre l'homophobie c'était de la daube" .<br />
Cette analyse est toujours vraie concernant les prochaines élections municipales.<br />
<br />
<b>Cette investiture a été signée par Patrick Devedjian, Secrétaire général de l'UMP, Jean-Claude Gaudin et Alain Marleix en charge des investitures et des élections, avec la bénédiction de Jean-François Copé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy bien sûr, et tant d'autres à l'UMP.<br />
Ces responsables ont écrit à Christian Vanneste "Par cette investiture, l'Union pour un Mouvement Populaire vous exprime sa pleine confiance et son entière solidarité".</b><br />
<br />
Christian Vanneste ne fait pas mystère de l'attitude qu'il souhaite dorénavant adopter.<br />
<br />
Le bi-mensuel catholique Permanences a interrogé récemment Christian Vanneste où il réécrit son histoire judiciaire : <br />
"Moi, j'ai été victime d'un terrorisme intellectuel". <br />
"L'homosexualité n'a strictement rien à voir avec cela. On ne naît pas homosexuel, on le devient, on peut même faire en sorte de ne pas le devenir. Mais le lobby homosexuel vous dit le contraire. On naît homosexuel. Pourquoi? Parce que les sexes n'existent pas, les genres n'existent pas, ils ne sont que le fruit d'un endoctrinement social. Et moi, je suis l'horrible personnage qui veut exterminer les homosexuels, comme les nazis ont voulu exterminer les juifs. Et d'ailleurs les nazis ont voulu exterminer aussi les homosexuels. Il faut absolument assimiler l'homosexuel au juif afin que le schéma intellectuel fonctionne et que toute personne ayant quelque réserve que ce soit à propos de l'homosexualité ne sente très coupable. Schéma qui au demeurant fonctionne très bien". <br />
Propos ignobles!<br />
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Sur la forme, le député conteste également les propos mêmes qui lui ont valu ses condamnations.<br />
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Sur le fond, il déclare :  <br />
"Quand on a eu cette expérience-là, il faut préparez la riposte. Il faut accepter et préparer le combat. Là je suis plutôt d'un naturel belliqueux. Je pense qu'il ne faut pas accepter de subir", "Il faut se libérer de l'auto-censure. Pour cela, il y a trois techniques à acquérir. Il faut d'abord affermir sa pensée. Il faut avoir un souci de clarté et de cohérence lorsque l'on expose ses convictions. (...) j'ai renforcé mes convictions (...). Lorsque vous dites cette attitude de l'homosexualité est une attitude qui nie la vie, qui nie l'avenir et qui renforce l'égocentrisme de chaque individu, ce n'est pas valorisant pour la société et ce n'est pas valorisant pour l'homme, vous voyez des interlocuteurs comme Fogiel par exemple, battre en retraite. (...) Il faut enfin bien connaître l'adversaire. Bien savoir ce qu'il pense. Avoir lu ses textes. Bien connaître, ici, l'origine américaine de toute la méthode que je viens de vous décrire. C'est le lobby gay américain qui a inventé cette méthode qui consiste à chasser l'homophobe dans le politiquement incorrect et l'obliger ainsi à se taire".<br />
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Enfin, sur la méthode à adopter, Christian Vanneste estime qu'"il faut absolument constituer des réseaux", "nouer partout des liens avec les gens qui sont d'accord avec nous, il nous faut nous aussi créer une sorte de lobby sans lequel on ne fait pas le poids", "bâtir notre stratégie. <br />
Elle consiste d'abord à retourner contre lui les méthodes de l'adversaire pour le désarmer. <br />
Envoyer des pétitions, des lettres à vos élus, en mettant dans la balance de votre argumentation que de leur attitude dépendra votre prochain vote pour eux" et finalement "Essayer de mettre la majorité de notre côté. Utiliser pour cela les arguments du bon sens. Dans le domaine qui nous intéresse, c'est extrêmement facile".<br />
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Comme on le voit, sur la méthode, Christian Vanneste bénéficie avec succès du réseau, du soutien de la majorité UMP et donc du Président de la République, Nicolas Sarkozy.<br />
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<b>Voilà le vrai visage de Nicolas Sarkozy et de l’UMP, parti présidentiel, celui du mensonge et du soutien à l’homophobie.</b><br />
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<a href="http://www.ichtus.fr/article.php3?id_article=368">L'interview complète de Christian Vanneste dans le bi-mensuel Permanences</a><br />
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Seigneur, protège-nous des hypocrites et pardonne à ceux qui les soutiennent aveuglément, par idéologie.<br />
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]]></content:encoded><dc:creator>Furyo</dc:creator><dc:date>2007-12-07T16:14:39+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Le Grand silence...</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071125203247/le-grand-silence/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071125203247/le-grand-silence/</guid><description>A la suite de très intéressants échanges que j'ai eu sur le forum de GA au sujet, notamment, de la foi et de la science, et du créationnisme, j'aimerais faire part ici de quelques réflexions qui n'engagent que moi.

Et d'abord, le postulat fondamental est celui de la distinction entre foi et science. La science est du domaine des principes démontrables, la foi de celui de la croyance, de la confiance en un principe supérieur. Vouloir mélanger les deux domaines est aussi hasardeux qu'irrationnel. Et pourtant… Un scientifique de renom, Richard Dawkins, affirmait il y a peu que « l'existence de Dieu est, statistiquement, très improbable ». Dieu se réduit-Il à une équation mathématique, se laisse-t-Il enfermer dans une éprouvette ? C'est faire preuve d'un positivisme que l'on croyait relégué aux poussiéreuses archives de l'histoire des sciences que de penser cela ! 
Et si le jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin a tenté, en une prodigieuse et ambitieuse synthèse, de réconcilier science et foi (« Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit. » dixit Teilhard), sa perspective est d'abord théologique, et prend donc racine dans sa foi.
La foi est en effet, selon moi, confiance, non en un principe, un concept, mais en une personne. Or, pour comprendre un être humain, je ne peux pas me baser sur ma raison seule, sur mon « esprit de géométrie », dirait Blaise Pascal. Je dois user de mon « esprit de finesse ». A fortiori pour Dieu. Comme le dit Saint Augustin, il faut «croire pour comprendre». Il faut dépasser notre raison, car Dieu la dépasse infiniment, pour rencontrer Dieu non pas comme un concept éthéré, mais comme une personne véritable qui se révèle à nous. Et tout devient plus clair, car «c'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.» (Blaise Pascal). Oui, j'aurais beau tout savoir du monde, si je n'ai pas un esprit d'enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s'est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d'un coucher de Soleil, le sourire d'un enfant ou l'évolution elle-même, que « toute la nature n'est qu'une espèce de liturgie et qu'elle n'a pour fonction que de célébrer quelqu'un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal, que j'ai d'ailleurs cité dans ce blog il y a quelques semaines.
Oui, j'aurais beau tout savoir du monde, si je n'ai pas un esprit d'enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s'est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d'un coucher de Soleil, le sourire d'un enfant ou l'évolution elle-même, que « toute la nature n'est qu'une espèce de liturgie et qu'elle n'a pour fonction que de célébrer quelqu'un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal.
Il y a quelques jours est passé sur Arte le film « Le Grand silence », tourné à la Grande Chartreuse près de Grenoble. Expérience impressionnante à plus d'un titre : près de trois heures d'un silence monacal (c'est le cas de le dire…), entrecoupé seulement par le son des cloches appelant les moines à la prière. Le réalisateur s'est laissé imprégner d'une manière totale par l'esprit du lieu. Son œuvre est inclassable : presque une expérience mystique, une longue méditation sur la prière et sur l'abandon à Dieu. Elle ne tente pas d'expliquer l'inexplicable, ce qui pousse ces hommes à vivre une telle vie, à « s'abîmer dans la prodigieuse compassion de Dieu », comme le dit magnifiquement Bernanos dans La Joie. Elle montre seulement un peu de ce « cœur à cœur » avec Dieu vers lequel tendent les moines. C'est dans le silence qu'il faut chercher la présence de Dieu.



« Vous qui parlez en nous, 
Vous qui vous taisez en nous, 
Et gardez le silence dans votre Amour, 
Enfoncez votre image dans la durée de mes jours. » 

Olivier Messiaen, extrait des Trois petites liturgies de la Présence Divine 

</description><content:encoded><![CDATA[A la suite de très intéressants échanges que j’ai eu sur le forum de GA au sujet, notamment, de la foi et de la science, et du créationnisme, j’aimerais faire part ici de quelques réflexions qui n’engagent que moi.<br />
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Et d’abord, le postulat fondamental est celui de la distinction entre foi et science. La science est du domaine des principes démontrables, la foi de celui de la croyance, de la confiance en un principe supérieur. Vouloir mélanger les deux domaines est aussi hasardeux qu’irrationnel. Et pourtant… Un scientifique de renom, Richard Dawkins, affirmait il y a peu que « l’existence de Dieu est, statistiquement, très improbable ». Dieu se réduit-Il à une équation mathématique, se laisse-t-Il enfermer dans une éprouvette ? C’est faire preuve d’un positivisme que l’on croyait relégué aux poussiéreuses archives de l’histoire des sciences que de penser cela ! <br />
Et si le jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin a tenté, en une prodigieuse et ambitieuse synthèse, de réconcilier science et foi (« Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit. » dixit Teilhard), sa perspective est d’abord théologique, et prend donc racine dans sa foi.<br />
La foi est en effet, selon moi, confiance, non en un principe, un concept, mais en une personne. Or, pour comprendre un être humain, je ne peux pas me baser sur ma raison seule, sur mon « esprit de géométrie », dirait Blaise Pascal. Je dois user de mon « esprit de finesse ». A fortiori pour Dieu. Comme le dit Saint Augustin, il faut «croire pour comprendre». Il faut dépasser notre raison, car Dieu la dépasse infiniment, pour rencontrer Dieu non pas comme un concept éthéré, mais comme une personne véritable qui se révèle à nous. Et tout devient plus clair, car «c'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.» (Blaise Pascal). Oui, j’aurais beau tout savoir du monde, si je n’ai pas un esprit d’enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s’est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d’un coucher de Soleil, le sourire d’un enfant ou l’évolution elle-même, que « toute la nature n’est qu’une espèce de liturgie et qu’elle n’a pour fonction que de célébrer quelqu’un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal, que j’ai d’ailleurs cité dans ce blog il y a quelques semaines.<br />
Oui, j’aurais beau tout savoir du monde, si je n’ai pas un esprit d’enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s’est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d’un coucher de Soleil, le sourire d’un enfant ou l’évolution elle-même, que « toute la nature n’est qu’une espèce de liturgie et qu’elle n’a pour fonction que de célébrer quelqu’un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal.<br />
Il y a quelques jours est passé sur Arte le film « Le Grand silence », tourné à la Grande Chartreuse près de Grenoble. Expérience impressionnante à plus d’un titre : près de trois heures d’un silence monacal (c’est le cas de le dire…), entrecoupé seulement par le son des cloches appelant les moines à la prière. Le réalisateur s’est laissé imprégner d’une manière totale par l’esprit du lieu. Son œuvre est inclassable : presque une expérience mystique, une longue méditation sur la prière et sur l’abandon à Dieu. Elle ne tente pas d’expliquer l’inexplicable, ce qui pousse ces hommes à vivre une telle vie, à « s’abîmer dans la prodigieuse compassion de Dieu », comme le dit magnifiquement Bernanos dans La Joie. Elle montre seulement un peu de ce « cœur à cœur » avec Dieu vers lequel tendent les moines. C’est dans le silence qu’il faut chercher la présence de Dieu.<br />
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<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/l/aldebaran77/20071125-20470334264749cd2075fac.jpg" width="400" height="534" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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« Vous qui parlez en nous, <br />
Vous qui vous taisez en nous, <br />
Et gardez le silence dans votre Amour, <br />
Enfoncez votre image dans la durée de mes jours. » <br />
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Olivier Messiaen, extrait des Trois petites liturgies de la Présence Divine <br />
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]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-11-25T20:32:47+01:00</dc:date></item><item><title>[Furyo] Le Christ-Roi de l'Univers</title><link>http://blog.furyo.gayattitude.com/20071125040324/le-christ-roi-de-l-univers/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.furyo.gayattitude.com/20071125040324/le-christ-roi-de-l-univers/</guid><description>



La fête du Christ Roi fut instituée en 1925 par le pape Pie XI dans la lettre encyclique QUAS PRIMAS face aux ravages de l'athéisme et de la sécularisation de la société moderne.

Voici un extrait de l'intoduction de la lettre encyclique QUAS PRIMAS :

&quot;Dans la première Encyclique qu'au début de Notre Pontificat Nous adressions aux évêques du monde entier, Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain. 

Nous proclamions ouvertement deux choses: l'une, que ce débordement de maux sur l'univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique; l'autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. C'est pourquoi, après avoir affirmé qu'il fallait chercher la paix du Christ par le règne du Christ, Nous avons déclaré Notre intention d'y travailler dans toute la mesure de Nos forces ; par le règne du Christ, disions-Nous, car, pour ramener et consolider la paix, Nous ne voyions pas de moyen plus efficace que de restaurer la souveraineté de Notre Seigneur. &quot;
Cliquez ici our accéder au texte complet de l'encyclique.


Voici le commentaire de l'encyclique par Jacques MARITAIN (Revue des Jeunes, mars 1927)

Lorsque la plus haute autorité spirituelle nous dispense le bienfait d'un enseignement, chacun de nous doit non seulement le recevoir avec obéissance, mais encore s'efforcer d'en pénétrer la signification. Le plus humble fidèle est tenu à cette méditation filiale. On comprend donc que la Revue des jeunes, en préparant cet hommage à S. S. Pie XI, ait demandé à un philosophe de publier quelques-unes des réflexions que lui a suggérées la lecture de l'encyclique Quas Primas, où la royauté universelle du Christ est proclamée.

Cette royauté dérive de l'union hypostatique. Le Christ n'est pas seulement le plus beau des enfants des hommes, de telle sorte que concentrant dans sa nature individuelle toutes les perfections de l'espèce, intégrant en soi toute l'humanité, il doit, à ce titre déjà, en être le chef[1]. Il a aussi, de par l'union hypostatique, la plénitude de la grâce sanctifiante, qui, à un titre incomparablement plus élevé encore, le constitue à tout jamais tête de l'humanité tout entière. Tous les hommes lui appartiennent, bons et méchants, fidèles et infidèles[2]. Tous sont faits pour devenir ses membres, sont ses membres en puissance. « Son empire, écrit Pie XI après Léon XIII, ne s'étend pas seulement aux nations catholiques ou seulement à ceux qui, purifiés par le saint baptême, appartiennent de droit à l'Eglise bien que des opinions erronées les aient dévoyés ou que le schisme les ait détachés de la charité ; il embrasse aussi tout ce qu'il existe d'hommes n'ayant pas la foi chrétienne, de sorte qu'en toute vérité l'universalité du genre humain est soumise à la puissance de Jésus-Christ ».

L'universelle royauté qui découle ainsi de la grâce capitale du Christ est double, spirituelle et tempo­relle à la fois. Mais elle est « surtout spirituelle et concerne principalement les choses spirituelles[3] ». C'est sur la souveraineté spirituelle du Seigneur Jésus que l'encyclique du Christ-Roi nous invite à méditer avant tout, c'est elle que nous devons ici considérer d'abord. Non seulement elle suppose que le Christ est le principe intérieur de notre vie surnaturelle, ce qui ressortit plus spécialement, comme on l'a remarqué[4], à son sacerdoce, nous communiquant sans cesse la grâce méritée par sa passion et que Dieu nous infuse par l'« instrument conjoint » de son humanité, de tous les mouvements de sa pensée et de son cœur ; mais encore elle implique un pouvoir suprême de gouvernement de tout l'ordre spirituel, qui ressortit plus spécialement à sa royauté, et par lequel il conduit les âmes à la vie éternelle, porte des lois, juge, pourvoit à l'exécu­tion de ses ordres, établit son royaume en triomphant du péché et de la mort. Cette royauté spirituelle s'étend sur les individus et sur les sociétés, rien ne lui échappe. « En cette matière il ne faut pas distinguer entre les individus et les sociétés domestiques et civiles, puisque les hommes réunis en société ne sont pas moins sous la puissance da Christ que les particuliers. Le bien privé et le bien commun ont la même source[5] ».

Ce droit royal du Christ sur les sociétés, le pou­voir civil est tenu de le reconnaître ; la cité terrestre elle-même le postule en vertu d'une exigence interne. Elle est ordonnée en effet à un bien commun temporel qui est le totum bene vivere de l'homme ici-bas, c'est-à-dire à une fin matérielle sans doute mais aussi et principalement morale : vivre selon la vertu[6]. Et comme la droite vie humaine ici-bas suppose elle-même l'ordination de l'homme à sa fin dernière qui est surnaturelle, et ne peut être obtenue que par le Christ, on voit que le bien lui-même de la cité doit être ordonné à cette même fin dernière surnaturelle qui est celle de chaque homme en particulier ; la société civile doit poursuivre le bien commun temporel selon qu'il aide les hommes à obtenir la vie éternelle[7] ; le politique lui-même, pour être ce qu'il doit, demande que le spirituel prime le politique, que l'ordre au salut éternel prime l'ordre aux biens d'ici-bas ; la cité n'est pas vraiment servie si Dieu n'est pas premier servi.

N'oublions pas maintenant que le Seigneur n'a pas voulu, si j'ose ainsi parler, sauver les hommes à lui tout seul. Il a voulu associer à son œuvre ceux qu'il s'est choisis, se continuer sur la terre par l'Église, son Corps mystique, qu'il a chargée d'achever par lui, avec lui et en lui « ce qui manque à sa passion[8] ». « L'Eglise, disait Bossuet, c'est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ répandu et communiqué ».

Il est la tête invisible du Corps de l'Église. « La tête, dit saint Thomas, exerce une double influence sur les membres : une influence intérieure, car la tête transmet aux autres membres la puissance de se mouvoir et de sentir ; et une influence de gouvernement extérieur, car par la vue et par les autres sens dont elle est le siège, la tête dirige l'homme dans ses actes extérieurs[9] ». A ces deux influences, on peut rattacher[10] le double pouvoir d'ordre et de juridiction transmis à l'Église ; le premier, qui intéresse l'économie sacramentelle, étant surtout une participation au sacerdoce du Christ, le second, qui intéresse la direction du corps mystique par l'enseignement de la doctrine et par des lois, étant une communication de sa royauté spirituelle. Vicaire du Christ, Tête visible de l'Eglise, le Pape a reçu de lui, avec la souveraineté spirituelle universelle, le plus haut degré possible ici-bas de cette royauté. C'est pourquoi Boniface VIII a pu définir, dans la bulle Unam Sanctam, que toute créature humaine est soumise au Pontife romain.

Nier la royauté spirituelle de l'Église, c'est donc nier la royauté spirituelle du Christ. Il est très frap­pant de constater que l'encyclique du Christ-Roi est ainsi, en vertu d'une nécessité logique mani­feste, celle qui, reprenant et accentuant les ensei­gnements de l'encyclique Ubi Arcano, flétrit avec le plus d'énergie le laïcisme, cette « peste qui infecte la société humaine ». Elle en retrace les origines et les progrès, en décrit les effets désastreux. On peut remarquer à ce point de vue que cette séparation d'avec le Christ résulte de la longue revendication d'aséité que la créature humaine poursuit depuis plus de trois siècles, et qui s'est traduite dans l'ordre moral, social et politique par le vœu de n'obéir qu'à soi-même formulé par Rousseau et par Kant. Mais dans la mesure où l'on s'affranchit du Christ, on entre sous les influences du diable, chef de l'église du mal[11]. Cherchée hors du Christ, l'unité de l'hom­me, d'abord utopique et idéaliste dans sa phase de préparation et de désir, devient à la fin, dans sa phase de réalisation positive, l'effet d'une violence absolue imposée à l'homme et d'un despotisme antihumain. L'impérialisme bolchevique, avec son effort d'expansion mondiale, paraît annoncer l'époque où ne seront plus en présence que l'universalisme de l'Antéchrist et l'universalisme du Christ.

La royauté du Christ n'est pas seulement spiri­tuelle, elle est aussi temporelle. Placé par l'union hypostatique au sommet de tous les êtres, possédant une science infuse parfaite et totale qui rend son intelligence souverainement achevée et lui permet de régir universellement le monde[12], le Christ en tant qu'homme a reçu de Dieu « l'empire sur les œuvres de ses mains », « tout a été mis sous ses pieds[13] ». Il a droit sur toutes choses créées, pour les gouverner selon ses fins universelles. C'est de ce droit suprême que les rois et les chefs d'État, et tout pouvoir dans l'ordre temporel, tiennent leur autorité. « Ce serait une erreur honteuse de dénier au Christ-Homme l'empire sur les choses civiles quelles qu'elles soient ; il a, en effet, reçu du Père un droit si absolu sur les créatures que tout est soumis à son bon vouloir[14] ».

« Pourtant, continue l'Encyclique, pourtant, durant sa vie terrestre, il s'est complètement abstenu d'exercer cette autorité ; ayant dédaigné autrefois la possession et le soin des choses humaines, il les abandonna alors et les abandonne aujourd'hui à leurs possesseurs. Vérité admirablement exprimée par ces vers : Non eripit mortalia, qui regna dat coelestia ». Par là nous est signifié un grand mystère de la vie historique de son Corps mystique, et la perpétuelle urgence de cette parole : « mon royaume n'est pas de ce monde », dont la raison profonde est la mission rédemptrice elle-même du Seigneur.

Faut-il penser que, sans nier pour cela la distinc­tion des deux pouvoirs, ni la légitimité de droit naturel des autorités terrestres, cette suzeraineté temporelle a été, comme la souveraineté spirituelle elle-même, transmise par le Christ à l'Église et à Pierre ? Des théologiens l'ont cru jadis, partisans ce que l'on nomme le « pouvoir direct » sur le temporel. « Quelques théologiens, au cours de l'histoire, ont pu pousser la conviction enthousiaste du droit de l'Église jusqu'à revendiquer pour elle, directement, tout pouvoir terrestre. Le ne scandalizemus eos par lequel Notre-Seigneur motive sa pure et gracieuse concession en payant le didrachme, leur a paru la seule limite possible aux droits de la Mère des rachetés[15]… » L'enseignement de Léon XIII, dans les encycliques Sapientiae christianae et Immortale Dei, semble bien leur donner tort, et de toute façon rejette absolument les exagérations violentes où certains canonistes du XIVe siècle étaient tombés.

Quoi qu'il en soit de ces derniers, les partisans de l'opinion, aujourd'hui si oubliée, que je viens d'évoquer, n'auraient jamais dû omettre la correc­tion qui en tout cas s'impose immédiatement, et que suggère avec tant de justesse l'encyclique Quas Primas. On peut avoir un droit et ne pas l'exercer. Conviendrait-il que l'Église usât effectivement, même de la façon la plus discrète et la plus élevée, d'un pouvoir que son Maître a refusé d'exercer, je veux dire d'un pouvoir direct sur le temporel, lui donnant un souverain domaine universel sur les choses terrestres dans la ligne même du bien temporel des hommes à procurer ? Jamais, en fait, elle n'a usé d'un tel pouvoir. C'est que pour elle comme pour le Seigneur jésus, la mission rédemptrice prime tout. Il est venu pour souffrir et pour racheter, non pour dominer, et il en sera ainsi jusqu'à ce que son règne arrive, avec le siècle futur.


Dans la pensée d'un saint Bernard et d'un saint Thomas d'Aquin, la doctrine des deux glaives avait une autre signification. Elle signifiait que l'Église a le glaive temporel en ce sens seulement qu'on est dit avoir ce dont on peut diriger l'emploi[16]. Elle n'use pas elle-même du glaive temporel, à ce point de vue elle le garde au fourreau. Mais il convient qu'elle dirige, en vue de la fin dernière surnaturelle à laquelle la fin temporelle de la cité est subordonnée, ceux qui ont ce glaive entre les mains. « Un glaive est sous l'autre[17] », le glaive spirituel, peut et doit commander au glaive temporel ratione peccati, non pas en raison du bien temporel lui-même à procurer, mais en raison du péché à dénoncer ou à éviter, en raison du bien des âmes, de la liberté de l'Église, et des intérêts supérieurs, d'ordre spirituel, dont celle-ci a la charge. Il ne s'agit plus là d'un pouvoir distinct du pouvoir spirituel. C'est le pouvoir spirituel lui-même, c'est le glaive spirituel atteignant les choses du siècle en raison des intérêts éternels qui y sont investis. Et ce glaive-là n'est pas au fourreau. Dans le Christ, ce pouvoir d'intervention sur le temporel, en raison, non du temporel lui-même, mais du spirituel, « ne fait qu'un avec la royauté spirituelle, car il est à son service et pour ainsi dire son instrument. Ubi est unum propter alterum, disait déjà Aristote, ibi tantum unum esse videtur. Aussi n'est-ce pas sans raison que les anciens théologiens donnaient à ce pouvoir le nom d'instrumental. Christus secundum quod homo, écrit Bannez, habuit instrumentalem potestatem dominii universalis circa omnia temporalia[18] ». Dans 1'Eglise du Christ, ce pouvoir est une partici­pation à la royauté spirituelle du Christ. Pierre ne le possède que parce que le Christ le lui a transmis comme à son ministre ici-bas, avec les clefs du royaume des cieux.


Ainsi entendue la doctrine des deux glaives, si célèbre au moyen âge, n'est autre que la doctrine de ce qu'on devait appeler plus tard le pouvoir indirect de l'Église sur le temporel. Elle affirme, avec la distinction des deux pouvoirs, enseignée déjà au Ve siècle par le pape Gélase et si nettement rappelée par Léon XIII, la subordination de l'un à l'autre. Elle affirme donc le droit pour le pouvoir spirituel d'intervenir, soit par des conseils, soit par des ordres, auprès du pouvoir temporel, non pas sans doute dans le domaine purement temporel (c'est-à-dire lorsqu'aucun intérêt spirituel spécialement grave n'est engagé), mais dans le domaine « mixte », c'est-à-dire chaque fois qu'une disposition temporelle quelconque, ou un mode d'activité temporelle quelconque, se trouve engager d'une façon assez grave les intérêts du spirituel : étant bien compris, ce qui est l'évidence même, qu'il n'y a pas seulement des matières « mixtes » par nature, mais que n'importe quelle catégorie d'œuvre temporelle, si elle devient par exemple l'occasion d'un danger de déviation spirituelle, peut entrer dans le domaine « mixte » ; et qu'il appartient à l'Église seule et à son Chef d'en juger avec autorité, et de déterminer ainsi, en chaque cas particulier, l'étendue de l'application du pouvoir indirect. Ce pouvoir, qu'il faut envisager dans la lumière du mystère surnaturel de l'Église, et de sa maternité universelle, peut aller jusqu'à déposer des rois qui deviendraient un péril pour la foi de leurs sujets, ou à casser et annuler des lois injustes portées par le pouvoir civil. Non seulement il a été exercé de fait par l'Église, mais à plusieurs reprises, en particulier dans le Syllabus, en condamnant les erreurs du libéralisme, elle a enseigné de la façon la plus nette qu'il fait partie de ses droits imprescriptibles. Il se rattache, nous l'avons vu, à la royauté spirituelle du Christ. Et ainsi, quand on tient compte de la prodigieuse mémoire de l'Église, et des perspectives éternelles où elle exige que l'on se place pour considérer ses actions, on voit quel lien profond, traversant les siècles, unit l'encyclique du Christ-Roi aux actes où le pouvoir indirect fut affirmé avec le plus d'éclat, aux grands enseignements des Papes du moyen âge, et de ce saint Grégoire VII à qui nous devons le plus consolant exemple de victoire de l'esprit sur le despotisme : Canossa.


Le monde moderne est tombé dans un état si misérable, les lois essentielles de la société civile et du pouvoir terrestre sont tellement oubliées, que l'idéal politique du moyen âge : le règne temporel du Christ parmi les nations, parait actuellement à l'extrême opposé d'une réalisation dans les faits. On comprend que sans nier l'urgence d'un retour à de saines conceptions politiques, ni le droit pour les catholiques comme pour les autres de chercher à faire triomphes, par tous moyens honnêtes, le régime politique qu'ils jugent le meilleur pour leur pays, ni l'importance des devoirs civiques et politiques imposés à chacun par le quatrième commandement, l'Eglise aujourd'hui, non seulement insiste comme elle l'a toujours fait sur son indifférence à l'égard des diverses formes de gouvernement légitime, mais prenne elle-même une attitude de plus en plus apolitique ou plutôt suprapolitique. C'est pour le bien des nations et des États, non pour son bien à elle, qu'elle les aidait jadis à conduire leur œuvre temporelle d'une façon conforme aux exigences de la fin surnaturelle. L'apostasie des nations s'applique, hélas, à la délivrer de plus en plus de ce soin. Ce n'est plus, comme aux siècles chrétiens, pour diriger positivement les gouvernements vers des fins religieuses, qu'elle a à exercer son pouvoir indirect, et à intervenir, avec quelle force parfois, dans le temporel, c'est désormais surtout pour défendre contre l'agression ses droits et les libertés de ses enfants, ou pour éviter que la religion se trouve engagée d'une façon trop étroite dans l'activité politique. Bref ce n'est pas par la reconstruction d'une chrétienté politique, – la paix la plus simple et la plus précaire est déjà si difficile â obtenir dans ce monde détourné de Dieu, – c'est d'abord et avant tout par la restauration et l'expansion de la chrétienté spirituelle qu'elle s'efforce d'étendre sur l'univers entier la royauté du Christ, pax Christi in regno Christi. Voilà l'œuvre à laquelle les catholiques comme tels sont conviés par le Saint-Esprit. Voilà où se manifeste l'unité profonde des intentions et des pensées qu'il inspire au Pape, qu'il s'agisse de préparer de loin le retour de l'Orient chrétien à l'unité, et même la fin des scissions fratricides causées par la Réforme, ou d'appeler solennellement la race jaune au partage de la succession apostolique et du gouvernement des églises. Voilà ce que nous devons comprendre pour égaler notre pensée aux vues universelles et au cœur apostolique de notre Père commun.

Il conviendrait d'insister ici sur les rapports entre la proclamation de la royauté universelle du Christ et les accroissements donnés de nos jours par l'Église à l'admirable activité des missions. Sans parler des désastres spirituels amenés par le mercantilisme et les vues bassement intéressées des gouvernements européens, les préjugés sur l'infériorité radicale des races non-blanches, qui semblent s'être accusés follement au XIXe siècle, – le naturalisme humanitaire ayant alors fait passer à la race blanche la mission privilégiée de l'Église et les supériorités apportées par le baptême, – ces préjugés qui faisaient regarder les missionnaires comme les apôtres non seulement de Jésus-Christ mais aussi d'une certaine civilisation humaine, ont été, semble-t-il, un des principaux obstacles à l'évangélisation du monde. L'Eglise aujourd'hui renverse cet obstacle. Elle affirme que les diverses races et les diverses cultures ont leur place légitime dans l'unité spirituelle de la chrétienté, et peuvent fournir des évêques au troupeau du Christ. Elle seule, à l'instant que la culture jadis chrétienne achève de se corrompre, peut sans péril se tourner vers les cultures non chrétiennes, vers les cultures de l'Orient et de l'Extrême-Orient en particulier, parce quelle seule a de quoi tout rectifier dans les âmes de bonne volonté. Qu'on n'imagine pas pour cela qu'elle abandonne jamais les vertus supérieures qu'elle-même a fait produire à la civilisation occidentale. Il s'agit, non pas d'opposer irréductiblement une culture à l'autre, et non pas de les brouiller toutes dans un mélange sans nom, mais d'user des formes intellectuelles les plus pures et les plus actives élaborées par la tradition gréco-latine, pour sauver et intégrer dans la lumière du Verbe incarné, sans porter la moindre atteinte à leur individuation et à leur autonomie nationales, tout ce qu'il y a de sage, de bon, de vraiment humain, et même divin dans les cultures non européennes.

Penserons-nous maintenant qu'une œuvre si diffi­cile et si immense puisse s'accomplir sans le secours de la raison la mieux armée, et d'une doctrine qui rassemble dans la synthèse la plus précise et la plus haute la sagesse des philosophes et la sagesse des saints, le trésor intellectuel de l'Église ? Quel autre instrument est capable de servir à un tel travail, sinon l'instrument très sûr et véritablement universel préparé par saint Thomas d'Aquin ? Sa doctrine apparaît comme l'instrument intellectuel propre de la foi catholique. « De même que jadis il fut dit aux Égyptiens qui se trouvaient dans une extrême disette : Allez à joseph, pour qu'ils se procurassent le froment, soutien du corps, de même, écrit Pie XI, s'ils Nous écoutent, tous ceux qui ont le désir de la vérité iront à Thomas[19] ». L'encyclique Quas Primas et l'encyclique Rerum Ecclesiae rejoignent ainsi l'encyclique Studiorum ducem. Et celle-ci, éclairée par les deux autres, nous montre en Thomas d'Aquin le véritable apôtre des temps modernes, allant soumettre par tout l'univers l'intelligence de l'homme, et toutes les richesses de la culture, à l'empire du Christ,-Roi.

Jacques MARITAIN

[Ca date un peu, y a des choses à revoir, mais le fond n'est pas  mal]

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[1] 1. Cf. R. P. Humbert Clérissac, Le mystère de l'Eglise, chap. 1.
[2] Cf. Saint Thomas d'Aquin, Sum. théol., III, 8, 3, ad 1.
[3] Encyclique Quas Primas.
[4] Cf. Ch.-V. Héris, La Royauté du Christ, Rev. des sc. phil. et théol., juillet 1926.
[5] Encyclique Quas Primas.
[6] Saint Thomas d'Aquin, De Regimine principum, lib. I, c. 14.
[7] Ibid.
[8] Saint Paul, Colos., I, 24.
[9] Saint Thomas d'Aquin, Sum. theol., III, 8, 6.
[10] Cf. Ch.-V, Héris, article cité.
[11] Cf. Saint Thomas d'Aquin, Sum. theol., III, 8, 7 : « Diabolus est caput omnium malorum ».
[12] Cf. Ch.-V. Héris, article cité.
[13] Saint Paul, Hebr., II, 8.
[14] Encyclique Quas Primas.
[15] R. P. Hnmbert Clérissac, Le Mystère de l'Eglise.
[16] « Habet spiritualem [gladium] tantum, quantum ad executionem ; sed habet etiam temporalem quantum ad ejus jussionem. » Saint Thomas d'Aquin, in IV. Sent., Dist. XXXVII, expos. textus. (Cf. Jean Rivière, Le Problème de l'Église et de l'État au temps de Philippe le Bel, Introduction.)
[17] Boniface VIII, Bulle Unam Sanctam.
[18] Ch.-V. Héris, art. cité. Ce pouvoir instrumental ressortissant à la royauté spirituelle est tout autre chose, comme le remarque très justement l'auteur, que la royauté temporelle elle-même, dont il a été question plus haut.
[19] Encyclique Studiorum ducem.</description><content:encoded><![CDATA[<center><br />
<img src="http://ursulines-ur.cef.fr/IMG/jpg/Christ_Roi_02-2.jpg"><br />
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La fête du Christ Roi fut instituée en 1925 par le pape Pie XI dans la lettre encyclique QUAS PRIMAS face aux ravages de l'athéisme et de la sécularisation de la société moderne.<br />
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Voici un extrait de l'intoduction de la lettre encyclique QUAS PRIMAS :<br />
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"Dans la première Encyclique qu'au début de Notre Pontificat Nous adressions aux évêques du monde entier, Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain. <br />
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Nous proclamions ouvertement deux choses: l'une, que ce débordement de maux sur l'univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique; l'autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. C'est pourquoi, après avoir affirmé qu'il fallait chercher la paix du Christ par le règne du Christ, Nous avons déclaré Notre intention d'y travailler dans toute la mesure de Nos forces ; par le règne du Christ, disions-Nous, car, pour ramener et consolider la paix, Nous ne voyions pas de moyen plus efficace que de restaurer la souveraineté de Notre Seigneur. "<br />
<a href="http://www.vatican.va/holy_father/pius_xi/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_11121925_quas-primas_fr.html">Cliquez ici our accéder au texte complet de l'encyclique.</a><br />
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Voici le commentaire de l'encyclique par Jacques MARITAIN (Revue des Jeunes, mars <b>1927</b>)<br />
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Lorsque la plus haute autorité spirituelle nous dispense le bienfait d’un enseignement, chacun de nous doit non seulement le recevoir avec obéissance, mais encore s’efforcer d’en pénétrer la signification. Le plus humble fidèle est tenu à cette méditation filiale. On comprend donc que la Revue des jeunes, en préparant cet hommage à S. S. Pie XI, ait demandé à un philosophe de publier quelques-unes des réflexions que lui a suggérées la lecture de l’encyclique Quas Primas, où la royauté universelle du Christ est proclamée.<br />
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Cette royauté dérive de l’union hypostatique. Le Christ n’est pas seulement le plus beau des enfants des hommes, de telle sorte que concentrant dans sa nature individuelle toutes les perfections de l’espèce, intégrant en soi toute l’humanité, il doit, à ce titre déjà, en être le chef[1]. Il a aussi, de par l’union hypostatique, la plénitude de la grâce sanctifiante, qui, à un titre incomparablement plus élevé encore, le constitue à tout jamais tête de l’humanité tout entière. Tous les hommes lui appartiennent, bons et méchants, fidèles et infidèles[2]. Tous sont faits pour devenir ses membres, sont ses membres en puissance. « Son empire, écrit Pie XI après Léon XIII, ne s’étend pas seulement aux nations catholiques ou seulement à ceux qui, purifiés par le saint baptême, appartiennent de droit à l’Eglise bien que des opinions erronées les aient dévoyés ou que le schisme les ait détachés de la charité ; il embrasse aussi tout ce qu’il existe d’hommes n’ayant pas la foi chrétienne, de sorte qu’en toute vérité l’universalité du genre humain est soumise à la puissance de Jésus-Christ ».<br />
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L’universelle royauté qui découle ainsi de la grâce capitale du Christ est double, spirituelle et tempo­relle à la fois. Mais elle est « surtout spirituelle et concerne principalement les choses spirituelles[3] ». C’est sur la souveraineté spirituelle du Seigneur Jésus que l’encyclique du Christ-Roi nous invite à méditer avant tout, c’est elle que nous devons ici considérer d’abord. Non seulement elle suppose que le Christ est le principe intérieur de notre vie surnaturelle, ce qui ressortit plus spécialement, comme on l’a remarqué[4], à son sacerdoce, nous communiquant sans cesse la grâce méritée par sa passion et que Dieu nous infuse par l’« instrument conjoint » de son humanité, de tous les mouvements de sa pensée et de son cœur ; mais encore elle implique un pouvoir suprême de gouvernement de tout l’ordre spirituel, qui ressortit plus spécialement à sa royauté, et par lequel il conduit les âmes à la vie éternelle, porte des lois, juge, pourvoit à l’exécu­tion de ses ordres, établit son royaume en triomphant du péché et de la mort. Cette royauté spirituelle s’étend sur les individus et sur les sociétés, rien ne lui échappe. « En cette matière il ne faut pas distinguer entre les individus et les sociétés domestiques et civiles, puisque les hommes réunis en société ne sont pas moins sous la puissance da Christ que les particuliers. Le bien privé et le bien commun ont la même source[5] ».<br />
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Ce droit royal du Christ sur les sociétés, le pou­voir civil est tenu de le reconnaître ; la cité terrestre elle-même le postule en vertu d’une exigence interne. Elle est ordonnée en effet à un bien commun temporel qui est le totum bene vivere de l’homme ici-bas, c’est-à-dire à une fin matérielle sans doute mais aussi et principalement morale : vivre selon la vertu[6]. Et comme la droite vie humaine ici-bas suppose elle-même l’ordination de l’homme à sa fin dernière qui est surnaturelle, et ne peut être obtenue que par le Christ, on voit que le bien lui-même de la cité doit être ordonné à cette même fin dernière surnaturelle qui est celle de chaque homme en particulier ; la société civile doit poursuivre le bien commun temporel selon qu’il aide les hommes à obtenir la vie éternelle[7] ; le politique lui-même, pour être ce qu’il doit, demande que le spirituel prime le politique, que l’ordre au salut éternel prime l’ordre aux biens d’ici-bas ; la cité n’est pas vraiment servie si Dieu n’est pas premier servi.<br />
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N’oublions pas maintenant que le Seigneur n’a pas voulu, si j’ose ainsi parler, sauver les hommes à lui tout seul. Il a voulu associer à son œuvre ceux qu’il s’est choisis, se continuer sur la terre par l’Église, son Corps mystique, qu’il a chargée d’achever par lui, avec lui et en lui « ce qui manque à sa passion[8] ». « L’Eglise, disait Bossuet, c’est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ répandu et communiqué ».<br />
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Il est la tête invisible du Corps de l’Église. « La tête, dit saint Thomas, exerce une double influence sur les membres : une influence intérieure, car la tête transmet aux autres membres la puissance de se mouvoir et de sentir ; et une influence de gouvernement extérieur, car par la vue et par les autres sens dont elle est le siège, la tête dirige l’homme dans ses actes extérieurs[9] ». A ces deux influences, on peut rattacher[10] le double pouvoir d’ordre et de juridiction transmis à l’Église ; le premier, qui intéresse l’économie sacramentelle, étant surtout une participation au sacerdoce du Christ, le second, qui intéresse la direction du corps mystique par l’enseignement de la doctrine et par des lois, étant une communication de sa royauté spirituelle. Vicaire du Christ, Tête visible de l’Eglise, le Pape a reçu de lui, avec la souveraineté spirituelle universelle, le plus haut degré possible ici-bas de cette royauté. C’est pourquoi Boniface VIII a pu définir, dans la bulle Unam Sanctam, que toute créature humaine est soumise au Pontife romain.<br />
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Nier la royauté spirituelle de l’Église, c’est donc nier la royauté spirituelle du Christ. Il est très frap­pant de constater que l’encyclique du Christ-Roi est ainsi, en vertu d’une nécessité logique mani­feste, celle qui, reprenant et accentuant les ensei­gnements de l’encyclique Ubi Arcano, flétrit avec le plus d’énergie le laïcisme, cette « peste qui infecte la société humaine ». Elle en retrace les origines et les progrès, en décrit les effets désastreux. On peut remarquer à ce point de vue que cette séparation d’avec le Christ résulte de la longue revendication d’aséité que la créature humaine poursuit depuis plus de trois siècles, et qui s’est traduite dans l’ordre moral, social et politique par le vœu de n’obéir qu’à soi-même formulé par Rousseau et par Kant. Mais dans la mesure où l’on s’affranchit du Christ, on entre sous les influences du diable, chef de l’église du mal[11]. Cherchée hors du Christ, l’unité de l’hom­me, d’abord utopique et idéaliste dans sa phase de préparation et de désir, devient à la fin, dans sa phase de réalisation positive, l’effet d’une violence absolue imposée à l’homme et d’un despotisme antihumain. L’impérialisme bolchevique, avec son effort d’expansion mondiale, paraît annoncer l’époque où ne seront plus en présence que l’universalisme de l’Antéchrist et l’universalisme du Christ.<br />
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La royauté du Christ n’est pas seulement spiri­tuelle, elle est aussi temporelle. Placé par l’union hypostatique au sommet de tous les êtres, possédant une science infuse parfaite et totale qui rend son intelligence souverainement achevée et lui permet de régir universellement le monde[12], le Christ en tant qu’homme a reçu de Dieu « l’empire sur les œuvres de ses mains », « tout a été mis sous ses pieds[13] ». Il a droit sur toutes choses créées, pour les gouverner selon ses fins universelles. C’est de ce droit suprême que les rois et les chefs d’État, et tout pouvoir dans l’ordre temporel, tiennent leur autorité. « Ce serait une erreur honteuse de dénier au Christ-Homme l’empire sur les choses civiles quelles qu’elles soient ; il a, en effet, reçu du Père un droit si absolu sur les créatures que tout est soumis à son bon vouloir[14] ».<br />
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« Pourtant, continue l’Encyclique, pourtant, durant sa vie terrestre, il s’est complètement abstenu d’exercer cette autorité ; ayant dédaigné autrefois la possession et le soin des choses humaines, il les abandonna alors et les abandonne aujourd’hui à leurs possesseurs. Vérité admirablement exprimée par ces vers : Non eripit mortalia, qui regna dat coelestia ». Par là nous est signifié un grand mystère de la vie historique de son Corps mystique, et la perpétuelle urgence de cette parole : « mon royaume n’est pas de ce monde », dont la raison profonde est la mission rédemptrice elle-même du Seigneur.<br />
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Faut-il penser que, sans nier pour cela la distinc­tion des deux pouvoirs, ni la légitimité de droit naturel des autorités terrestres, cette suzeraineté temporelle a été, comme la souveraineté spirituelle elle-même, transmise par le Christ à l’Église et à Pierre ? Des théologiens l’ont cru jadis, partisans ce que l’on nomme le « pouvoir direct » sur le temporel. « Quelques théologiens, au cours de l’histoire, ont pu pousser la conviction enthousiaste du droit de l’Église jusqu’à revendiquer pour elle, directement, tout pouvoir terrestre. Le ne scandalizemus eos par lequel Notre-Seigneur motive sa pure et gracieuse concession en payant le didrachme, leur a paru la seule limite possible aux droits de la Mère des rachetés[15]… » L’enseignement de Léon XIII, dans les encycliques Sapientiae christianae et Immortale Dei, semble bien leur donner tort, et de toute façon rejette absolument les exagérations violentes où certains canonistes du XIVe siècle étaient tombés.<br />
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Quoi qu’il en soit de ces derniers, les partisans de l’opinion, aujourd’hui si oubliée, que je viens d’évoquer, n’auraient jamais dû omettre la correc­tion qui en tout cas s’impose immédiatement, et que suggère avec tant de justesse l’encyclique Quas Primas. On peut avoir un droit et ne pas l’exercer. Conviendrait-il que l’Église usât effectivement, même de la façon la plus discrète et la plus élevée, d’un pouvoir que son Maître a refusé d’exercer, je veux dire d’un pouvoir direct sur le temporel, lui donnant un souverain domaine universel sur les choses terrestres dans la ligne même du bien temporel des hommes à procurer ? Jamais, en fait, elle n’a usé d’un tel pouvoir. C’est que pour elle comme pour le Seigneur jésus, la mission rédemptrice prime tout. Il est venu pour souffrir et pour racheter, non pour dominer, et il en sera ainsi jusqu’à ce que son règne arrive, avec le siècle futur.<br />
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Dans la pensée d’un saint Bernard et d’un saint Thomas d’Aquin, la doctrine des deux glaives avait une autre signification. Elle signifiait que l’Église a le glaive temporel en ce sens seulement qu’on est dit avoir ce dont on peut diriger l’emploi[16]. Elle n’use pas elle-même du glaive temporel, à ce point de vue elle le garde au fourreau. Mais il convient qu’elle dirige, en vue de la fin dernière surnaturelle à laquelle la fin temporelle de la cité est subordonnée, ceux qui ont ce glaive entre les mains. « Un glaive est sous l’autre[17] », le glaive spirituel, peut et doit commander au glaive temporel ratione peccati, non pas en raison du bien temporel lui-même à procurer, mais en raison du péché à dénoncer ou à éviter, en raison du bien des âmes, de la liberté de l’Église, et des intérêts supérieurs, d’ordre spirituel, dont celle-ci a la charge. Il ne s’agit plus là d’un pouvoir distinct du pouvoir spirituel. C’est le pouvoir spirituel lui-même, c’est le glaive spirituel atteignant les choses du siècle en raison des intérêts éternels qui y sont investis. Et ce glaive-là n’est pas au fourreau. Dans le Christ, ce pouvoir d’intervention sur le temporel, en raison, non du temporel lui-même, mais du spirituel, « ne fait qu’un avec la royauté spirituelle, car il est à son service et pour ainsi dire son instrument. Ubi est unum propter alterum, disait déjà Aristote, ibi tantum unum esse videtur. Aussi n’est-ce pas sans raison que les anciens théologiens donnaient à ce pouvoir le nom d’instrumental. Christus secundum quod homo, écrit Bannez, habuit instrumentalem potestatem dominii universalis circa omnia temporalia[18] ». Dans 1’Eglise du Christ, ce pouvoir est une partici­pation à la royauté spirituelle du Christ. Pierre ne le possède que parce que le Christ le lui a transmis comme à son ministre ici-bas, avec les clefs du royaume des cieux.<br />
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Ainsi entendue la doctrine des deux glaives, si célèbre au moyen âge, n’est autre que la doctrine de ce qu’on devait appeler plus tard le pouvoir indirect de l’Église sur le temporel. Elle affirme, avec la distinction des deux pouvoirs, enseignée déjà au Ve siècle par le pape Gélase et si nettement rappelée par Léon XIII, la subordination de l’un à l’autre. Elle affirme donc le droit pour le pouvoir spirituel d’intervenir, soit par des conseils, soit par des ordres, auprès du pouvoir temporel, non pas sans doute dans le domaine purement temporel (c’est-à-dire lorsqu’aucun intérêt spirituel spécialement grave n’est engagé), mais dans le domaine « mixte », c’est-à-dire chaque fois qu’une disposition temporelle quelconque, ou un mode d’activité temporelle quelconque, se trouve engager d’une façon assez grave les intérêts du spirituel : étant bien compris, ce qui est l’évidence même, qu’il n’y a pas seulement des matières « mixtes » par nature, mais que n’importe quelle catégorie d’œuvre temporelle, si elle devient par exemple l’occasion d’un danger de déviation spirituelle, peut entrer dans le domaine « mixte » ; et qu’il appartient à l’Église seule et à son Chef d’en juger avec autorité, et de déterminer ainsi, en chaque cas particulier, l’étendue de l’application du pouvoir indirect. Ce pouvoir, qu’il faut envisager dans la lumière du mystère surnaturel de l’Église, et de sa maternité universelle, peut aller jusqu’à déposer des rois qui deviendraient un péril pour la foi de leurs sujets, ou à casser et annuler des lois injustes portées par le pouvoir civil. Non seulement il a été exercé de fait par l’Église, mais à plusieurs reprises, en particulier dans le Syllabus, en condamnant les erreurs du libéralisme, elle a enseigné de la façon la plus nette qu’il fait partie de ses droits imprescriptibles. Il se rattache, nous l’avons vu, à la royauté spirituelle du Christ. Et ainsi, quand on tient compte de la prodigieuse mémoire de l’Église, et des perspectives éternelles où elle exige que l’on se place pour considérer ses actions, on voit quel lien profond, traversant les siècles, unit l’encyclique du Christ-Roi aux actes où le pouvoir indirect fut affirmé avec le plus d’éclat, aux grands enseignements des Papes du moyen âge, et de ce saint Grégoire VII à qui nous devons le plus consolant exemple de victoire de l’esprit sur le despotisme : Canossa.<br />
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Le monde moderne est tombé dans un état si misérable, les lois essentielles de la société civile et du pouvoir terrestre sont tellement oubliées, que l’idéal politique du moyen âge : le règne temporel du Christ parmi les nations, parait actuellement à l’extrême opposé d’une réalisation dans les faits. On comprend que sans nier l’urgence d’un retour à de saines conceptions politiques, ni le droit pour les catholiques comme pour les autres de chercher à faire triomphes, par tous moyens honnêtes, le régime politique qu’ils jugent le meilleur pour leur pays, ni l’importance des devoirs civiques et politiques imposés à chacun par le quatrième commandement, l’Eglise aujourd’hui, non seulement insiste comme elle l’a toujours fait sur son indifférence à l’égard des diverses formes de gouvernement légitime, mais prenne elle-même une attitude de plus en plus apolitique ou plutôt suprapolitique. C’est pour le bien des nations et des États, non pour son bien à elle, qu’elle les aidait jadis à conduire leur œuvre temporelle d’une façon conforme aux exigences de la fin surnaturelle. L’apostasie des nations s’applique, hélas, à la délivrer de plus en plus de ce soin. Ce n’est plus, comme aux siècles chrétiens, pour diriger positivement les gouvernements vers des fins religieuses, qu’elle a à exercer son pouvoir indirect, et à intervenir, avec quelle force parfois, dans le temporel, c’est désormais surtout pour défendre contre l’agression ses droits et les libertés de ses enfants, ou pour éviter que la religion se trouve engagée d’une façon trop étroite dans l’activité politique. Bref ce n’est pas par la reconstruction d’une chrétienté politique, – la paix la plus simple et la plus précaire est déjà si difficile â obtenir dans ce monde détourné de Dieu, – c’est d’abord et avant tout par la restauration et l’expansion de la chrétienté spirituelle qu’elle s’efforce d’étendre sur l’univers entier la royauté du Christ, pax Christi in regno Christi. Voilà l’œuvre à laquelle les catholiques comme tels sont conviés par le Saint-Esprit. Voilà où se manifeste l’unité profonde des intentions et des pensées qu’il inspire au Pape, qu’il s’agisse de préparer de loin le retour de l’Orient chrétien à l’unité, et même la fin des scissions fratricides causées par la Réforme, ou d’appeler solennellement la race jaune au partage de la succession apostolique et du gouvernement des églises. Voilà ce que nous devons comprendre pour égaler notre pensée aux vues universelles et au cœur apostolique de notre Père commun.<br />
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Il conviendrait d’insister ici sur les rapports entre la proclamation de la royauté universelle du Christ et les accroissements donnés de nos jours par l’Église à l’admirable activité des missions. Sans parler des désastres spirituels amenés par le mercantilisme et les vues bassement intéressées des gouvernements européens, les préjugés sur l’infériorité radicale des races non-blanches, qui semblent s’être accusés follement au XIXe siècle, – le naturalisme humanitaire ayant alors fait passer à la race blanche la mission privilégiée de l’Église et les supériorités apportées par le baptême, – ces préjugés qui faisaient regarder les missionnaires comme les apôtres non seulement de Jésus-Christ mais aussi d’une certaine civilisation humaine, ont été, semble-t-il, un des principaux obstacles à l’évangélisation du monde. L’Eglise aujourd’hui renverse cet obstacle. Elle affirme que les diverses races et les diverses cultures ont leur place légitime dans l’unité spirituelle de la chrétienté, et peuvent fournir des évêques au troupeau du Christ. Elle seule, à l’instant que la culture jadis chrétienne achève de se corrompre, peut sans péril se tourner vers les cultures non chrétiennes, vers les cultures de l’Orient et de l’Extrême-Orient en particulier, parce quelle seule a de quoi tout rectifier dans les âmes de bonne volonté. Qu’on n’imagine pas pour cela qu’elle abandonne jamais les vertus supérieures qu’elle-même a fait produire à la civilisation occidentale. Il s’agit, non pas d’opposer irréductiblement une culture à l’autre, et non pas de les brouiller toutes dans un mélange sans nom, mais d’user des formes intellectuelles les plus pures et les plus actives élaborées par la tradition gréco-latine, pour sauver et intégrer dans la lumière du Verbe incarné, sans porter la moindre atteinte à leur individuation et à leur autonomie nationales, tout ce qu’il y a de sage, de bon, de vraiment humain, et même divin dans les cultures non européennes.<br />
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Penserons-nous maintenant qu’une œuvre si diffi­cile et si immense puisse s’accomplir sans le secours de la raison la mieux armée, et d’une doctrine qui rassemble dans la synthèse la plus précise et la plus haute la sagesse des philosophes et la sagesse des saints, le trésor intellectuel de l’Église ? Quel autre instrument est capable de servir à un tel travail, sinon l’instrument très sûr et véritablement universel préparé par saint Thomas d’Aquin ? Sa doctrine apparaît comme l’instrument intellectuel propre de la foi catholique. « De même que jadis il fut dit aux Égyptiens qui se trouvaient dans une extrême disette : Allez à joseph, pour qu’ils se procurassent le froment, soutien du corps, de même, écrit Pie XI, s’ils Nous écoutent, tous ceux qui ont le désir de la vérité iront à Thomas[19] ». L’encyclique Quas Primas et l’encyclique Rerum Ecclesiae rejoignent ainsi l’encyclique Studiorum ducem. Et celle-ci, éclairée par les deux autres, nous montre en Thomas d’Aquin le véritable apôtre des temps modernes, allant soumettre par tout l’univers l’intelligence de l’homme, et toutes les richesses de la culture, à l’empire du Christ,-Roi.<br />
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Jacques MARITAIN<br />
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[Ca date un peu, y a des choses à revoir, mais le fond n'est pas  mal]<br />
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[1] 1. Cf. R. P. Humbert Clérissac, Le mystère de l’Eglise, chap. 1.<br />
[2] Cf. Saint Thomas d’Aquin, Sum. théol., III, 8, 3, ad 1.<br />
[3] Encyclique Quas Primas.<br />
[4] Cf. Ch.-V. Héris, La Royauté du Christ, Rev. des sc. phil. et théol., juillet 1926.<br />
[5] Encyclique Quas Primas.<br />
[6] Saint Thomas d’Aquin, De Regimine principum, lib. I, c. 14.<br />
[7] Ibid.<br />
[8] Saint Paul, Colos., I, 24.<br />
[9] Saint Thomas d’Aquin, Sum. theol., III, 8, 6.<br />
[10] Cf. Ch.-V, Héris, article cité.<br />
[11] Cf. Saint Thomas d’Aquin, Sum. theol., III, 8, 7 : « Diabolus est caput omnium malorum ».<br />
[12] Cf. Ch.-V. Héris, article cité.<br />
[13] Saint Paul, Hebr., II, 8.<br />
[14] Encyclique Quas Primas.<br />
[15] R. P. Hnmbert Clérissac, Le Mystère de l’Eglise.<br />
[16] « Habet spiritualem [gladium] tantum, quantum ad executionem ; sed habet etiam temporalem quantum ad ejus jussionem. » Saint Thomas d’Aquin, in IV. Sent., Dist. XXXVII, expos. textus. (Cf. Jean Rivière, Le Problème de l’Église et de l’État au temps de Philippe le Bel, Introduction.)<br />
[17] Boniface VIII, Bulle Unam Sanctam.<br />
[18] Ch.-V. Héris, art. cité. Ce pouvoir instrumental ressortissant à la royauté spirituelle est tout autre chose, comme le remarque très justement l’auteur, que la royauté temporelle elle-même, dont il a été question plus haut.<br />
[19] Encyclique Studiorum ducem.]]></content:encoded><dc:creator>Furyo</dc:creator><dc:date>2007-11-25T04:03:24+01:00</dc:date></item><item><title>[Furyo] !</title><link>http://blog.furyo.gayattitude.com/20071111213928/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.furyo.gayattitude.com/20071111213928/</guid><description>j'en ai marre des jugements réacs de certains qui se disent chrétiens ici, des &quot;valeurs&quot; etouffantes et moralisatrices...le christ est là pour nous libérer pas pour nous tenir la main et nous faire la morale...les pharisiens comme eux sont les chieurs qui pourrissent cette église depuis trop longtemps et lui donnent cette image castratrice et faux-cul.  </description><content:encoded><![CDATA[j'en ai marre des jugements réacs de certains qui se disent chrétiens ici, des "valeurs" etouffantes et moralisatrices...le christ est là pour nous libérer pas pour nous tenir la main et nous faire la morale...les pharisiens comme eux sont les chieurs qui pourrissent cette église depuis trop longtemps et lui donnent cette image castratrice et faux-cul.  ]]></content:encoded><dc:creator>Furyo</dc:creator><dc:date>2007-11-11T21:39:28+01:00</dc:date></item><item><title>[Pasquinus-ridens] Le bon grain et l'ivraie.</title><link>http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20071111152054/le-bon-grain-et-l-ivraie/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20071111152054/le-bon-grain-et-l-ivraie/</guid><description>Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,24-30.

&quot; Il leur proposa une autre parabole, disant : &quot; Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bonne semence dans son champ. Or, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du froment par dessus, et il s'en alla. Quand l'herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l'ivraie. Et les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : &quot; Maître, n'avez-vous pas semé de bonne semence dans votre champ? D'où (vient) donc qu'il s'y trouve de l'ivraie? &quot; Il leur dit : &quot; C'est un ennemi qui a fait cela. &quot; Les serviteurs lui disent : &quot; Voulez-vous que nous allions la ramasser? — Non, dit-il, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous n'arrachiez aussi le froment. Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler; quand au froment, amassez-le dans mon grenier. &quot; 

( Traduction de la Bible catholique du chanoine Crampon)

Avec le commentaire de Sa Sainteté Pie XII, dans l'Encyclique « Mystici corporis Christi », 1943 


« Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson »

      Qu'on n'imagine pas que le Corps de l'Eglise, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l'infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (cf Mt 9,11). Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat -- comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie -- de séparer l'homme du Corps de l'Eglise. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l'espérance chrétienne, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l'impulsion du Saint Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes.

      Que tous aient donc en horreur le péché qui souille les membres mystiques du Rédempteur, mais que le pécheur tombé et qui ne s'est pas rendu par son obstination indigne de la communion des fidèles soit accueilli avec beaucoup d'amour, qu'on ne voie en lui avec une fervente charité qu'un membre infirme de Jésus Christ. Car il vaut mieux, selon la remarque de saint Augustin, « être guéri dans le Corps de l'Eglise qu'être retranché de ce Corps comme des membres incurables » ; « tant que le membre est encore attaché au corps, il ne faut pas désespérer de sa santé ; mais s'il en est retranché, il ne peut plus ni être soigné ni être guéri ». 
</description><content:encoded><![CDATA[Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,24-30.<br />
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" Il leur proposa une autre parabole, disant : " Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bonne semence dans son champ. Or, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du froment par dessus, et il s'en alla. Quand l'herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l'ivraie. Et les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : " Maître, n'avez-vous pas semé de bonne semence dans votre champ? D'où (vient) donc qu'il s'y trouve de l'ivraie? " Il leur dit : " C'est un ennemi qui a fait cela. " Les serviteurs lui disent : " Voulez-vous que nous allions la ramasser? — Non, dit-il, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous n'arrachiez aussi le froment. Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler; quand au froment, amassez-le dans mon grenier. " <br />
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( Traduction de la Bible catholique du chanoine Crampon)<br />
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Avec le commentaire de Sa Sainteté Pie XII, dans l'Encyclique « Mystici corporis Christi », 1943 <br />
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« Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson »<br />
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      Qu'on n'imagine pas que le Corps de l'Eglise, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l'infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (cf Mt 9,11). Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat -- comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie -- de séparer l'homme du Corps de l'Eglise. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l'espérance chrétienne, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l'impulsion du Saint Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes.<br />
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      Que tous aient donc en horreur le péché qui souille les membres mystiques du Rédempteur, mais que le pécheur tombé et qui ne s'est pas rendu par son obstination indigne de la communion des fidèles soit accueilli avec beaucoup d'amour, qu'on ne voie en lui avec une fervente charité qu'un membre infirme de Jésus Christ. Car il vaut mieux, selon la remarque de saint Augustin, « être guéri dans le Corps de l'Eglise qu'être retranché de ce Corps comme des membres incurables » ; « tant que le membre est encore attaché au corps, il ne faut pas désespérer de sa santé ; mais s'il en est retranché, il ne peut plus ni être soigné ni être guéri ». <br />
]]></content:encoded><dc:creator>Pasquinus-ridens</dc:creator><dc:date>2007-11-11T15:20:54+01:00</dc:date></item><item><title>[Furyo] Écoute ma voix</title><link>http://blog.furyo.gayattitude.com/20071101031202/-coute-ma-voix/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.furyo.gayattitude.com/20071101031202/-coute-ma-voix/</guid><description>En ce jour de Toussaint, je voudrai vous faire partager cette prière du pape Jean-Paul II à Hiroshima, le 25 février 1981. 
Puisse cette prière être entendue par tous les saints et qu'ils intercèdent auprè